Origine et histoire de l'hospice
L’hôpital de La Grave, situé à Toulouse sur la rive gauche de la Garonne, trouve ses origines au XIIe siècle avec une première mention en 1197. Initialement lié à l’hôpital Sainte-Marie de la Daurade, il servit dès le Moyen Âge à accueillir les pestiférés, avant de devenir en 1647 un lieu de grand renfermement pour mendiants, prostituées et aliénés sous le nom d’hôpital général Saint-Joseph de La Grave. Son emplacement extra-muros permettait d’isoler les malades, notamment lors des épidémies de peste qui frappèrent Toulouse aux XVIe et XVIIe siècles.
Entre 1508 et 1514, l’hôpital est agrandi et renommé Saint-Sébastien en référence au saint protecteur contre la peste. Face à l’afflux de malades, les remparts et tours adjacentes (comme la Tour Taillefer) sont réquisitionnés. En 1629, une épidémie particulièrement meurtrière décime tous les patients de l’hôpital. Au XVIIe siècle, la politique du grand renfermement transforme l’établissement en institution caritative, mais les problèmes de surpopulation et de finances persistent, menant à une faillite en 1760.
La Révolution marque un tournant : l’hôpital, rebaptisé Hospice de Bienfaisance en 1793, est géré par la municipalité. En 1797, il annexe d’anciens locaux militaires, devenant le plus grand hôpital de Toulouse avec 6 hectares. Au XIXe siècle, il se spécialise en maternité avant d’être progressivement remplacé par le CHU de Rangueil. La chapelle Saint-Joseph, construite entre 1758 et 1845, est un symbole architectural de l’hôpital, classée monument historique en 1978.
L’hospice de la Grave illustre l’évolution des pratiques médicales et sociales, passant d’un lieu d’isolement des pestiférés à un établissement hospitalier moderne. Ses bâtiments, partiellement protégés (classements en 1986 et 1988), témoignent de son rôle central dans l’histoire toulousaine, entre charité, contrôle social et innovations médicales. La chapelle, désacralisée en 2015, abrite aujourd’hui un musée.
Les vestiges architecturaux incluent des éléments des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, comme les pigeonniers marquant l’entrée du secteur psychiatrique, le bâtiment des Dames de la Porte (XVIIIe siècle), ou l’ancienne pharmacie du début du XIXe siècle, entièrement boisée. L’ensemble reflète les adaptations successives de l’hôpital aux besoins sanitaires et sociaux de Toulouse, de l’Ancien Régime à l’époque contemporaine.